
Le problème
ShopNow opérait l'intégralité de son activité e-commerce sur un serveur monolithique dans un seul datacenter à Douala. Chaque pic de trafic risquait de mettre le site au sol. Chaque coupure électrique déclenchait une restauration manuelle. L'équipe IT passait l'essentiel de son temps à maintenir une infrastructure vieillissante plutôt qu'à construire.
Trois sites physiques — Douala (siège), Yaoundé (antenne), Bafoussam (agence) — n'avaient aucune interconnexion fiable. Les équipes s'échangeaient des fichiers par email. Le travail à distance était pratiquement impossible. Et il n'existait aucun plan de reprise : si le datacenter de Douala brûlait ou subissait une coupure prolongée, toute l'activité s'arrêtait.
La direction voulait moderniser, avec une contrainte ferme : zéro interruption pendant la migration.
Ce que j'ai conçu
J'ai conçu une architecture hybride on-premise + Azure permettant une migration progressive et réversible — chacune des 6 phases peut être annulée sans impacter les autres.
Réseau : Chaque site est relié à Douala via MPLS (QoS garantie pour la VoIP) avec un tunnel IPSec de secours à basculement automatique. Sans ça, une dégradation du lien principal rend les appels entre sites inaudibles.
Identité : Active Directory on-premise synchronisé avec Azure AD. Les utilisateurs gardent le même mot de passe partout, sans friction supplémentaire. MFA obligatoire sur tous les accès distants — dans un contexte où les connexions se font souvent depuis des appareils personnels, c'est non-négociable.
Email & collaboration : Le serveur Exchange on-premise consommait 30% du temps de l'équipe IT en maintenance. Migration vers Microsoft 365 — Teams, SharePoint, calendriers partagés. Les utilisateurs ont vu la différence en 3 mois. Ce genre de victoire rapide donne de la crédibilité pour les phases plus complexes.
Plan de reprise : Veeam avec Cloud Tier vers Azure Blob. Sauvegardes quotidiennes répliquées dans le cloud automatiquement. Si le datacenter de Douala tombe — coupures, incendie, inondation — la reprise se fait sur Azure en moins de 4 heures.
Pourquoi Azure et pas AWS : Azure gagne sur un point précis — l'intégration Active Directory est native, aucune passerelle tierce nécessaire. La région Azure South Africa North offre ~60ms de latence depuis le Cameroun. AWS aurait nécessité un bricolage LDAP pour l'AD et transformé la migration M365 en projet parallèle.
Impact
~50% de réduction des coûts récurrents
Budget première année : 56M FCFA (86 000 €). Récurrent à partir de l'an 2 : ~27M FCFA — bien en dessous du coût de maintenance du système legacy, pour une fiabilité bien supérieure.
Cible 99,9% de disponibilité
D'un point de défaillance unique à une architecture multi-régions avec basculement automatique. La plateforme peut désormais absorber les pics de trafic qui mettaient autrefois le site au sol.
30% du temps IT libéré
La migration Exchange → M365 seule a libéré 30% de la bande passante de l'équipe IT, précédemment consommée par la maintenance serveur — redirigée vers le produit et l'infrastructure.
RTO < 4 heures
En cas de panne totale du datacenter, l'activité peut reprendre sur Azure en moins de 4 heures — contre 2 à 3 jours estimés avec le setup legacy.
Ce que j'ai appris
Ce projet m'a confirmé quelque chose de spécifique au contexte africain : le cloud hybride n'est pas une préférence architecturale — c'est une nécessité. La connectivité Internet n'est pas assez fiable pour du 100% cloud, les datacenters locaux ne répondent pas aux normes internationales, et la réglementation impose de garder certaines données sur le territoire.
J'ai aussi appris à vendre une migration technique à une direction non technique. Je n'ai pas parlé de VPC ou de Terraform. J'ai dit : "vous aurez 99,9% de disponibilité, vos équipes pourront travailler depuis n'importe où, et vous paierez moins cher qu'aujourd'hui." C'est le bon cadre — et ça reste vrai.
